Édulcorants et réponse glycémique: ce que change le contexte du repas et les différences individuelles

Une étude mesure l'impact glycémique des sodas sucrés vs édulcorés, seuls ou avec un repas. Les édulcorants ne provoquent pas de hausse notable, mais le contexte et la variabilité individuelle comptent.

Édulcorants et réponse glycémique: ce que change le contexte du repas et les différences individuelles


Cet article analyse et décrypte l'étude suivante : https://nutritionj.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12937-025-01181-x

Introduction


Peut-on échanger un soda sucré contre un soda “zéro” sans impacter sa glycémie ? En laboratoire, la réponse paraît simple. Dans la vraie vie, c’est plus nuancé : on boit rarement une boisson seule, et chacun réagit différemment. Une étude publiée en 2025 dans Nutrition Journal a mesuré, chez 66 jeunes adultes en bonne santé, comment la glycémie évolue après différentes combinaisons: boissons sucrées, boissons édulcorées, et ces mêmes boissons prises avec un aliment solide (un muffin). Les participants portaient des capteurs de glucose pendant 14 jours, ce qui permet d’observer finement la courbe glycémique.

Objectif

  • Comparer l’effet glycémique de:
    • un soda sucré (cola “classique”),
    • un soda édulcoré (cola “zéro”),
    • chacun seul ou accompagné d’un muffin.
  • Mesurer non seulement le “pic” après ingestion, mais aussi la surface totale de la courbe glycémique sur 3 heures et la “chute” éventuelle sous le niveau de départ (“creux”).
  • Repérer si certaines personnes réagissent de manière inattendue.

Comment l’étude a été faite

  • 66 jeunes adultes, en bonne santé, sans traitement ni maladie métabolique.
  • Chaque test réalisé le matin après un jeûne nocturne, sur des jours séparés.
  • Conditions testées :
    • Boisson de test au glucose (référence).
    • Muffin seul.
    • Cola sucré seul.
    • Cola “zéro” seul.
    • Muffin + cola sucré.
    • Muffin + cola “zéro”.
  • Mesures principales:
    • Niveau de glucose toutes les 15 minutes pendant 3 heures.
    • “Surface de la courbe glycémique sur 3 heures” pour comparer l’ampleur globale de la réponse.
    • “Creux de glycémie” à 2 heures et à 3 heures: à quel point la glycémie descend sous le niveau de départ après être montée.
  • Contrôle qualité : vérification ponctuelle par glycémie capillaire.

Ce que montrent les boissons seules

  • Boisson de test au glucose: montée progressive, pic autour de 45 minutes, puis redescente régulière.
  • Muffin : réponse modérée, environ la moitié de la boisson de test au glucose sur 3 heures.
  • Cola sucré : montée rapide avec pic vers 20 minutes, retour à la ligne de base à ~60 minutes, puis la glycémie passe sous le niveau de départ après ~75 minutes (c’est le “creux”).
  • Cola “zéro” : impact très faible sur la courbe glycémique.

Quelques repères chiffrés utiles

  • Surface de la courbe glycémique sur 3 heures (plus c’est élevé, plus la réponse globale est importante) :
    • Boisson de test au glucose : élevée.
    • Muffin : modérée.
    • Cola sucré : plus faible que muffin, mais avec un creux marqué ensuite.
    • Cola “zéro” : très faible.
  • “Creux” de glycémie à 2 heures :
    • Le plus important avec le cola sucré.
    • Modéré avec le muffin et le cola “zéro”.
    • Faible initialement avec la boisson de test au glucose (mais à 3 heures, cette boisson de test montre la plus grande baisse).

À retenir pour les boissons seules

  • Les liquides sucrés provoquent un “coup de fouet” glycémique suivi d’un “creux” notable.
  • Les boissons “zéro” influencent très peu la glycémie, seules.

Que se passe-t-il quand on boit avec un aliment ?
La vraie vie, c’est souvent “boisson + nourriture”. Ici, l’aliment solide est un muffin.

  • Muffin + cola sucré :
    • La surface de la courbe sur 3 heures augmente par rapport au muffin seul.
    • Mais le profil est plus “étalé” : la présence du muffin amortit les fluctuations rapides et évite des chutes trop marquées.
  • Muffin + cola “zéro” :
    • La réponse glycémique est quasiment la même que le muffin seul.
    • Pas de “creux” excessif.

Un point clé : la réponse en “repas mixte” n’est pas la simple addition de “boisson seule” + “aliment seul”. Dans cette étude, la combinaison muffin + cola sucré donne une surface sur 3 heures d’environ 10% inférieure à la somme attendue si l’on additionnait les effets isolés. Autrement dit, le repas modifie la dynamique : il amortit.

“Creux” de glycémie avec un repas

  • Avec muffin + cola sucré ou muffin + cola “zéro”, les chutes de glycémie restent modérées et comparables. L’aliment stabilise.
  • Cela suggère un rôle de la vidange gastrique et de l’absorption des nutriments: les solides ralentissent et “lissent” la courbe.

Citations clés

“Avec un muffin, le cola ‘zéro’ n’augmente pas la réponse glycémique par rapport au muffin seul.”
“Les repas atténuent les chutes de glycémie observées avec les boissons sucrées consommées seules.”
“Une minorité de participants montre une réponse plus élevée que prévu avec muffin + ‘zéro’, ce qui souligne des différences individuelles.”

Les différences entre individus


La moyenne ne dit pas tout. Dans cette étude:

  • La plupart des participants ont une réponse quasi identique entre “muffin seul” et “muffin + cola zéro”.
  • Mais un sous-groupe non négligeable montre l’inverse : leur surface sur 3 heures est plus élevée avec “muffin + cola zéro” qu’avec “muffin + cola sucré”. C’est contre-intuitif.
  • Ces personnes ne se distinguent pas par l’âge, le poids, la masse grasse ou le tour de taille. Des facteurs comme la sensibilité à l’insuline, la vitesse de vidange gastrique, ou des différences de microbiote intestinal pourraient jouer, mais ils n’ont pas été mesurés ici.

Pourquoi cette variabilité?


Plusieurs pistes, proposées par la discussion de l’étude et la littérature:

  • Microbiote intestinal : certains édulcorants pourraient modifier la flore de manière variable d’une personne à l’autre, avec des effets différents sur la régulation du glucose.
  • Récepteurs du goût “sucré” dans l’intestin : ils participent à l’absorption du glucose; leur activation pourrait varier selon les individus et le contexte.
  • Facteurs neurologiques : la perception du goût sucré, l’appétit et les circuits de récompense peuvent influencer indirectement la glycorégulation.
  • Sensibilité à l’insuline et vidange gastrique : ces paramètres diffèrent entre personnes et modulent la courbe après repas.

Ce que cela signifie en pratique

  • Remplacer un soda sucré par un “zéro” réduit très nettement l’impact glycémique pour la majorité, y compris lorsqu’il est pris avec un aliment solide.
  • Boire un soda sucré pendant un repas vaut toujours mieux que de le boire seul du point de vue des fluctuations rapides, mais la surface sur 3 heures reste plus élevée que le même repas avec un “zéro”.
  • Si vous surveillez votre glycémie (p. ex. avec un capteur), vérifiez votre propre réponse : une minorité pourrait réagir davantage au “zéro” lorsqu’il est pris avec un aliment.
  • Le contexte compte: évaluer une boisson seule n’est pas suffisant; associée à un aliment, la dynamique change.

Quelques exemples concrets

  • Collation sucrée + boisson :
    • Muffin + “zéro” : profil similaire au muffin seul.
    • Muffin + sucré : profil plus élevé que le muffin seul, mais sans “chute” excessive.
  • Boisson seule :
    • Sucré : pic rapide, puis “creux” marqué.
    • “Zéro” : courbe quasi-plate.

Forces de l’étude

  • Mesure fine par capteur de glucose sur 14 jours : observation proche du quotidien.
  • Comparaison “seul vs avec aliment” sur les mêmes personnes.
  • Mise en évidence des “creux” post-ingestion, souvent négligés, qui peuvent influencer faim et comportement alimentaire ultérieurs.

Limites à garder en tête

  • Participants jeunes et en bonne santé : transposabilité limitée aux personnes âgées, en surpoids important, avec prédiabète ou diabète.
  • Chaque condition testée une seule fois : pour préciser la variabilité individuelle, il faudrait répéter les tests.
  • On observe des réponses à court terme (3 heures), pas des effets à long terme.
  • Les mécanismes (microbiote, récepteurs, etc.) ne sont pas mesurés dans cette étude.
  • La composition précise des édulcorants du cola “zéro” n’est pas détaillée au milligramme près; différents édulcorants pourraient ne pas agir de la même façon.

Messages clés à emporter

  • En moyenne, les sodas “zéro” ont très peu d’effet sur la glycémie, seuls ou avec un aliment solide.
  • Les sodas sucrés provoquent des pics rapides, suivis d’un “creux”; pris avec un aliment, ces variations sont amorties, mais l’ensemble reste plus “glycémiant” que le solide seul.
  • Une minorité de personnes réagit de manière inattendue au “zéro” en repas mixte; l’auto-observation (idéalement par capteur) peut aider à personnaliser ses choix.
  • Pour réduire l’impact immédiat sur la glycémie, passer du soda sucré au “zéro” est une stratégie efficace pour la plupart.

Conclusion


Cette étude rappelle deux réalités souvent oubliées : on ne mange pas en laboratoire, et nous ne réagissons pas tous pareil. Évaluer l’effet d’une boisson doit se faire dans le contexte d’un repas, et en tenant compte des différences individuelles. Pour la majorité, remplacer un soda sucré par un “zéro” réduit nettement l’impact glycémique. Pour une minorité, la réponse peut dévier de la règle: mieux vaut vérifier sa propre courbe, surtout si la gestion de la glycémie est un enjeu personnel.