Sodium, potassium et cœur : bien comprendre le bon équilibre

L’équilibre entre sodium et potassium est crucial pour la santé cardiaque. Une étude japonaise révèle que le ratio sodium/potassium urinaire est un meilleur indicateur de risque cardiovasculaire que l’apport en sel seul.

Sodium, potassium et cœur : bien comprendre le bon équilibre

Cet article est un décryptage de l'étude suivante

Muroya, T., Satoh, M., Metoki, H. et al. Association between urinary sodium-to-potassium ratio and BNP in a general population without antihypertensive treatment and cardiovascular diseases: the Ohasama study. Hypertens Res 48, 2292–2302 (2025). https://doi.org/10.1038/s41440-025-02266-0

Introduction

Quand on évoque la santé du cœur et des artères, la première recommandation qui vient souvent à l’esprit est : réduire le sel ! Pourtant, la science montre que le véritable enjeu est moins la quantité de sodium prise isolément… que le déséquilibre entre sodium (sel) et potassium (présent dans de nombreux végétaux).

Une récente étude japonaise (Ohasama Study, 2025) propose d’aller plus loin : observer non pas l’excès de sodium seul, mais surtout le rapport sodium/potassium urinaire, en lien avec le fonctionnement du cœur. Voici pourquoi cet équilibre est fondamental pour notre santé cardiovasculaire.


Pourquoi s’intéresser au ratio sodium/potassium ?

Plusieurs études ont déjà démontré que trop de sodium favorise l’hypertension artérielle, tandis que le potassium avait un effet protecteur. L’étude Ohasama précise :

« Le ratio sodium/potassium urinaire est plus fortement associé à la pression artérielle et au risque cardiovasculaire que la mesure isolée du sodium ou du potassium. »

En clair : ce qui compte, ce n’est pas seulement de manger « moins salé », mais aussi de consommer suffisamment de potassium via les fruits, légumes, légumineuses, etc. C’est ce rapport qui semble le meilleur indicateur de risque.


Objectifs de l’étude Ohasama

Les chercheurs japonais sont partis d’une question pratique : le rapport sodium/potassium est-il associé à un marqueur précoce du « stress » cardiaque, appelé BNP (peptide natriurétique de type B), chez des personnes sans maladie cardiaque connue et sans traitement antihypertenseur ?

« Cette étude visait à examiner l’association entre le ratio sodium/potassium urinaire et le taux de BNP dans la population générale […] et à explorer les mécanismes potentiels. »

Méthode en bref

  • Population : 436 adultes japonais (âge moyen : 65 ans, 73% de femmes) sans maladie cardiaque ni traitement antihypertenseur
  • Mesure : échantillon urinaire de la journée pour calculer le ratio sodium/potassium ; dosage sanguin du BNP
  • Analyse : comparaison du BNP selon trois groupes (tiers) de ratio sodium/potassium urinaire

Tableau 1 : Profil des participants selon leur ratio Na (sodium)/K (potassium)

Tertile 1 (≤2,19)Tertile 2 (2,19–3,27)Tertile 3 (≥3,28)
Age moyen (ans)65,465,465,4
IMC (kg/m²)23,423,423,4
Ratio Na/K (mmol/mmol)1,482,724,79
Na urinaire (mmol/j)151,3169,0185,9
K urinaire (mmol/j)47,746,744,9
BNP médian (pg/mL)15,517,821,4
% femmes73,2%73,2%73,2%

Résultats : plus le ratio Na/K augmente, plus le cœur « souffre »

Les résultats révèlent une progression nette du BNP en fonction du ratio sodium/potassium :

« Les participants du tertile supérieur du ratio sodium/potassium urinaire présentaient un taux de BNP significativement plus élevé ; l’association persistait après ajustement sur l’âge, le sexe, l’IMC, la pression artérielle et d’autres facteurs. »
  • Groupe « ratio faible » (≤2,19) : BNP moyen 15,50 pg/mL
  • Groupe « ratio moyen » (2,19–3,27) : BNP = 17,81 pg/mL
  • Groupe « ratio élevé » (≥3,28) : BNP = 21,37 pg/mL
« Le rapport de prévalence ajusté pour un BNP ≥35 pg/mL est multiplié par 2,24 dans le groupe à ratio élevé comparé au tertile le plus bas. »

Autrement dit, plus le régime alimentaire est déséquilibré (trop de sel et/ou pas assez de potassium), plus le « stress cardiaque » mesuré par le BNP est important, même chez des personnes a priori en bonne santé.


Pourquoi ce ratio est-il un meilleur indicateur ?

L’étude observe que ce n’est ni le sodium seul ni le potassium seul qui expliquent le mieux la variation du biomarqueur cardiaque, mais leur ratio :

« La valeur du coefficient de régression standardisé était la plus élevée pour le ratio sodium/potassium urinaire (|0,24|), dépassant celle du sodium (|0,16|) ou du potassium seul (|0,09|). »

Le message pratique est très clair : la prévention cardiovasculaire passe par l’équilibre sodium/potassium.


Limites et précautions

Les auteurs rappellent les limites de leur recherche :

« L’étude étant transversale, on ne peut pas conclure à une causalité directe. Une seule mesure d’urine sur la journée a été réalisée. De plus, le régime alimentaire précis des participants n’a pas été recueilli. »

Il faut donc prolonger ce type de recherche pour confirmer et affiner ces observations, mais le signal santé est déjà fort.


L’application pratique : comment rééquilibrer sodium et potassium au quotidien ?

1. Réduire le sodium

  • Limiter la consommation des aliments riches en sel : plats industriels, charcuteries, fromages affinés, bouillons cubes, produits apéritifs, etc.
  • Utiliser moins de sel à la cuisson et à table

2. Augmenter ses apports en potassium

  • Consommer chaque jour des fruits frais (banane, melon, abricot, orange, pruneaux…)
  • Privilégier les légumes (épinards, haricots verts, brocolis, courgette, pommes de terre…)
  • Intégrer des légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots rouges…)
  • Favoriser les fruits à coque non salés (amandes, noix, pistaches)
  • Varier les sources végétales : certains jus de légumes, laitages allégés, et céréales complètes sont aussi d’excellentes sources
« Les apports quotidiens moyens en potassium observés correspondaient dans l’étude à 1 800 mg/j, alors que les recommandations internationales sont autour de 3 500 mg/j pour un adulte. »

Tableau pratique : aliments riches en potassium

Source : Ciqual/Anses

AlimentTeneur en potassium (mg/100g)
Banane400
Épinards cuits400
Haricots blancs450
Pommes de terre400
Abricot sec1100
Lentilles cuites370
Noisettes660
Melon310

Conclusion

Le principal enseignement de cette étude japonaise : réduire le sel n’est qu’une partie de la solution. Il faut veiller à l’équilibre entre sodium et potassium pour préserver la santé cardiaque. Mesurer ce ratio via l’urine est une voie prometteuse, mais chacun peut agir en valorisant les fruits, légumes et aliments naturellement riches en potassium dans son alimentation courante.

« Le ratio sodium/potassium urinaire, facilement mesurable, pourrait représenter une cible pratique et précieuse pour la prévention des maladies cardiaques. »