Exercice physique et oméga-3 : une approche prometteuse contre les infections dentaires

L’exercice physique et la supplémentation en oméga-3 réduisent l’inflammation et la destruction osseuse lors d’infections dentaires, selon une étude sur la parodontite apicale chez le rat. Ces résultats suggèrent l’importance d’une approche globale en santé buccale.

Exercice physique et oméga-3 : une approche prometteuse contre les infections dentaires

Cet article est un décryptage de l'étude suivante

Ribeiro, A.P.F., de Lima Rodrigues, M., Loureiro, C. et al. Physical exercise alone or combined with omega-3 modulates apical periodontitis induced in rats. Sci Rep 15, 8760 (2025). https://doi.org/10.1038/s41598-025-90029-9


Lorsqu'une dent s'infecte profondément, au point que les bactéries atteignent la racine et l'os environnant, les dentistes parlent de parodontite apicale. Cette pathologie courante, qui touche des millions de personnes, résulte d'une bataille complexe entre les micro-organismes envahisseurs et notre système immunitaire. Une équipe de chercheurs brésiliens s'est intéressée à une question inattendue : l'exercice physique et la supplémentation en oméga-3 pourraient-ils influencer l'évolution de cette infection ? Leurs résultats, publiés dans Scientific Reports, apportent des éléments de réponse surprenants.

Quand l'infection atteint la racine dentaire

La parodontite apicale se développe lorsque des bactéries pénètrent dans le système canalaire de la dent, généralement à la suite d'une carie profonde ou d'un traumatisme. Contrairement à une simple inflammation superficielle, cette infection atteint l'apex de la racine dentaire - d'où son nom - et déclenche une réponse immunitaire intense dans l'os qui entoure la dent.

Le système immunitaire (notre système de défense naturel contre les infections) tente alors de contenir l'invasion bactérienne. Des cellules de défense affluent vers la zone infectée et libèrent des médiateurs inflammatoires - des molécules messagères qui coordonnent la réponse immunitaire. Parmi ces messagers, deux jouent un rôle particulièrement important : le TNF-α (facteur de nécrose tumorale alpha) et l'IL-17 (interleukine-17).

Le problème ? Lorsque cette réponse immunitaire devient trop intense ou se prolonge, elle peut devenir contre-productive. Comme l'expliquent les chercheurs : "Si la réponse immunitaire ne parvient pas à supprimer les bactéries, une réaction excessive des cellules de défense peut se produire." Cette hyperactivité conduit à la destruction progressive de l'os alvéolaire, l'os qui maintient la dent en place.

L'exercice physique : un modulateur du système immunitaire

L'activité physique régulière est reconnue depuis longtemps pour ses effets bénéfiques sur la santé générale. Mais son influence sur le système immunitaire demeure encore peu explorée, particulièrement dans le contexte des infections bucco-dentaires. Les auteurs de l'étude rappellent que l'exercice physique est "l'un des facteurs les plus influents dans la régulation du système de défense, sensibilisant la réponse immunitaire et réduisant la susceptibilité à l'inflammation et aux infections."

Pour tester cette hypothèse dans le contexte spécifique de la parodontite apicale, les chercheurs ont travaillé avec trente rats de laboratoire, répartis en trois groupes : un groupe témoin sans exercice, un groupe pratiquant la natation, et un groupe combinant natation et supplémentation en oméga-3.

Le protocole d'entraînement était progressif et modéré. Après une semaine d'acclimatation durant laquelle la durée de nage augmentait progressivement de 10 à 60 minutes, les animaux nageaient une heure par jour, cinq jours par semaine, pendant six semaines. La parodontite apicale a été induite artificiellement en exposant la pulpe dentaire (le tissu vivant au centre de la dent) à l'environnement buccal, permettant ainsi aux bactéries d'infecter le canal radiculaire.

Des résultats mesurables et significatifs

Après soixante jours, les analyses ont révélé des différences marquées entre les groupes. Les rats témoins, sédentaires, présentaient l'inflammation la plus intense : "Le groupe témoin présentait l'intensité la plus élevée d'infiltrat inflammatoire", notent les chercheurs. Concrètement, ces animaux montraient une concentration importante de cellules immunitaires dans la zone infectée, signe d'une bataille immunitaire intense.

À l'inverse, les rats qui avaient pratiqué la natation affichaient une inflammation nettement réduite. Plus intéressant encore, l'analyse immunohistochimique - une technique permettant de visualiser la présence de molécules spécifiques dans les tissus - a montré que "l'exercice physique seul a réduit le marquage immunohistochimique du TNF-α et limité la propagation bactérienne."

Cette observation est particulièrement significative car le TNF-α joue un double rôle problématique dans la parodontite apicale. D'une part, il contribue à l'inflammation locale. D'autre part, il stimule indirectement la destruction osseuse en favorisant l'activité des ostéoclastes, les cellules responsables de la résorption osseuse (le processus par lequel l'os est dégradé et réabsorbé par l'organisme).

L'effet synergique des oméga-3

Si l'exercice seul montrait déjà des effets bénéfiques, l'ajout d'oméga-3 - des acides gras polyinsaturés reconnus pour leurs propriétés anti-inflammatoires - amplifiait considérablement les résultats. Les rats recevant quotidiennement une supplémentation en oméga-3 (40 mg par kilogramme de poids corporel, contenant 60% d'EPA et 40% de DHA) tout en pratiquant la natation présentaient les meilleurs résultats globaux.

L'analyse de l'IL-17, ce médiateur inflammatoire qui "exacerbe l'inflammation dans les lésions périapicales en stimulant la libération de cytokines pro-inflammatoires", a révélé une différence frappante. Comme le rapportent les auteurs : "Combiné à la supplémentation en oméga-3, l'exercice physique a encore réduit le marquage immunohistochimique de l'IL-17 et augmenté le pourcentage de fibres de collagène immatures biréfringentes."

Cette dernière observation mérite une explication. Le collagène est la principale protéine structurale des tissus conjonctifs, dont l'os. Les fibres de collagène immatures signalent un processus actif de réparation tissulaire. Leur présence accrue dans le groupe combinant exercice et oméga-3 suggère que ces interventions ne se contentent pas de réduire l'inflammation : elles favorisent aussi la cicatrisation et la régénération des tissus endommagés.

Moins de bactéries, moins de destruction osseuse

Un autre résultat remarquable concerne la distribution bactérienne. Les chercheurs ont utilisé une coloration spécifique (la coloration de Brown et Brenn) permettant de visualiser les bactéries dans les tissus dentaires. Dans le groupe combinant exercice et oméga-3, les colonies bactériennes restaient principalement confinées au tiers moyen du canal, avec une absence totale de bactéries au niveau du foramen apical (l'ouverture à l'extrémité de la racine) et dans les tissus périapicaux environnants.

Cette observation suggère que l'amélioration des conditions systémiques - c'est-à-dire de l'état général de l'organisme - renforce les défenses locales contre l'infection. Les auteurs attribuent ce phénomène aux "propriétés antimicrobiennes" des oméga-3, qui viennent compléter l'action immunomodulatrice de l'exercice.

La microtomographie, une technique d'imagerie permettant de visualiser et quantifier précisément les structures osseuses en trois dimensions, a confirmé ces observations. Les animaux pratiquant la natation présentaient une perte de volume osseux alvéolaire significativement réduite (165,5 mm³) comparativement au groupe témoin (194,5 mm³). Chez les animaux recevant également des oméga-3, cette perte était encore plus limitée (143,7 mm³).

Le rôle clé des ostéoclastes

Pour mieux comprendre ces différences de destruction osseuse, les chercheurs ont analysé la présence de cellules TRAP-positives. Le TRAP (phosphatase acide résistante au tartrate) est une enzyme sécrétée par les ostéoclastes, ces cellules spécialisées dans la dégradation de la matrice osseuse. Comme l'expliquent les auteurs, le TRAP "dégrade la matrice osseuse et agit comme un biomarqueur critique de la fonctionnalité des ostéoclastes."

Les résultats sont sans équivoque : "Le groupe témoin a montré un nombre significativement plus élevé de cellules TRAP-positives." Plus précisément, le groupe témoin comptait en moyenne 42,1 cellules positives, contre 31,9 pour le groupe pratiquant uniquement l'exercice et seulement 20,8 pour le groupe combinant exercice et oméga-3.

Cette réduction progressive du nombre d'ostéoclastes actifs explique directement la diminution de la résorption osseuse observée. Elle témoigne également de l'effet anti-inflammatoire global de ces interventions, puisque l'activation des ostéoclastes est largement stimulée par les médiateurs inflammatoires comme le TNF-α et l'IL-17.

Des mécanismes d'action complémentaires

Comment expliquer ces effets bénéfiques ? Les chercheurs proposent plusieurs mécanismes d'action, agissant de concert.

Concernant l'exercice physique, ils rappellent qu'une activité régulière d'intensité modérée "peut renforcer le système immunitaire tout au long de la vie en supprimant la production anormale de cytokines inflammatoires, en favorisant les agents anti-infectieux et antioxydants, en augmentant le nombre de cellules immunitaires et en réduisant l'inflammation tissulaire."

Cette modulation immunitaire se traduit par une réponse plus équilibrée et efficace face à l'infection. Au lieu d'une réaction excessive et destructrice, l'organisme monte une défense ciblée qui contrôle l'infection sans causer de dommages collatéraux excessifs aux tissus environnants.

Les oméga-3, quant à eux, exercent une action anti-inflammatoire directe. Ils "inhibent la résorption osseuse, suppriment la synthèse de médiateurs lipidiques, réduisent les taux d'acide arachidonique, modifient les fonctions des leucocytes polymorphonucléaires, modulent la prolifération lymphocytaire et réduisent la production de cytokines pro-inflammatoires", détaillent les auteurs. De plus, ils "stimulent la régénération osseuse et améliorent la capacité antioxydante de l'hôte."

Cette action multifacette explique pourquoi la combinaison exercice-oméga-3 produit des résultats supérieurs à l'exercice seul. Les deux interventions agissent sur des cibles différentes mais complémentaires du processus inflammatoire et de la réponse immunitaire.

Des implications cliniques potentielles

Ces résultats, bien qu'obtenus chez l'animal, ouvrent des perspectives intéressantes pour la prise en charge des infections dentaires chez l'humain. Les chercheurs concluent : "En conclusion, l'activité physique seule a renforcé les mécanismes de défense en réduisant l'inflammation par modulation du TNF-α et en contrôlant la contamination bactérienne. Combinée à la supplémentation en oméga-3, l'activité physique a encore amélioré la régulation inflammatoire en modulant les taux d'IL-17, en réduisant la perte osseuse et en stimulant la production de collagène, limitant ainsi l'inflammation et diminuant l'activité ostéoclastique."

Bien sûr, l'exercice et les oméga-3 ne remplacent pas le traitement chez le dentiste, qui reste indispensable pour nettoyer le canal infecté. Mais ils pourraient aider le corps à mieux gérer l'infection, notamment dans les cas difficiles.

L'étude comporte néanmoins certaines limites, que les auteurs reconnaissent volontiers. D'abord, elle n'a été menée que sur des rats mâles. Or, "des différences liées au sexe dans le comportement de nage et l'expression des cytokines ont été documentées", ce qui pourrait influencer les résultats. Ensuite, l'absence d'analyse du sérum sanguin limite la compréhension des effets systémiques de ces interventions.

Vers une approche holistique de la santé bucco-dentaire

Cette recherche s'inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des liens entre santé générale et santé bucco-dentaire. Elle illustre comment des habitudes de vie - l'exercice physique régulier, une alimentation équilibrée enrichie en oméga-3 - peuvent influencer positivement non seulement notre bien-être général, mais aussi notre capacité à résister aux infections, y compris dentaires.

Pour les patients souffrant de parodontite apicale chronique ou récidivante, ces résultats suggèrent qu'une approche globale, intégrant des modifications du mode de vie en complément du traitement dentaire classique, pourrait améliorer le pronostic. Ils rappellent également que la prévention des maladies bucco-dentaires ne se limite pas à l'hygiène locale : elle passe aussi par le maintien d'une bonne condition physique générale et d'un système immunitaire équilibré.

Les recherches futures devront confirmer ces observations chez l'humain et préciser les protocoles optimaux - quelle intensité d'exercice ? Quelle dose d'oméga-3 ? Pour quelle durée ? Néanmoins, cette étude offre déjà des arguments solides pour encourager nos patients à adopter un mode de vie actif et une alimentation équilibrée, non seulement pour leur santé cardiovasculaire ou métabolique, mais aussi pour la santé de leurs dents.